Le viol de guerre

Il n’existe pas de données chiffrées précises sur le viol de guerre. Des statistiques peuvent être apportées, mais restent à relativiser tant la proportion de ce phénomène est immense. Un véritable travail reste à accomplir afin d’identifier l’ampleur exacte du viol de guerre dans le monde, ce que WWoW prévoit de conduire.

80 000 à Nankin en Chine en 1937, 200 000 au Bengladesh en 1971, 100 000 au Guatemala, 500 000 au Rwanda en 1994, 60 000 au Sierra Léone, et en Bosnie-Herzégovine,

de 3000 à 5000 au Kenya et au Zimbabwe en 2008 lors des élections, 10 000 en Guinée, et entre 200 000 et 600 000 en RDC et au Soudan. Des chiffres tout aussi effrayants en Libye, en Syrie, en République Centre Africaine, au Sri Lanka ou encore au Nigéria avec Boko Haram. En Irak, on estime aujourd’hui que plus de 7000 femmes yézidies sont esclaves sexuelles de Daech, 3000 étant encore prisonnières. Ces chiffres sont ceux documentés et doivent être multipliés par 3 voire 5 fois pour correspondre à la réalité. En Birmanie, le viol utilisé comme arme de nettoyage ethnique à l’encontre des Rohingyas concerne déjà plus de 50 000 personnes.

Aucun chiffre à ce jour ne peut être considéré comme fiable car aucune étude complète n’a encore été conduite. Malgré l’ampleur du phénomène et bien que les institutions pénales internationales comme le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, celui pour l’Ex-Yougoslavie et plus récemment la Cour Pénale Internationale aient établi que le viol est un élément constitutif de crime de guerre, de crime contre l’humanité et de génocide, encore trop peu de procès sont instruits. La raison principale ? La difficulté de recueillir les preuves (témoignages de victimes, preuves d’ordres donnés à haut niveau), mais aussi et surtout, le manque de réponses pragmatiques et efficaces.

Par ailleurs, encore trop peu de choses sont entreprises dans la prise en charge des victimes : considérer la singularité du trauma engendré, les soutenir avec des actions simples, ciblées et positives, leur permettre de sortir de leur position de victime et d’opérer la résilience dont elles ont besoin pour retrouver leur place dans leur société.

Différentes ONGs se sont attaquées aux violences sexuelles en temps de conflit : Human Rights Watch, Amnesty International, la FIDH, TRIAL International, CIVITAS MAXIMAS, REDRESS et bien d’autres encore. Elles travaillent d’une part à sensibiliser la communauté internationale et la société civile à ce sujet, et d’autre part à la prise en charge des victimes et aux poursuites judiciaires des agresseurs… Néanmoins, si ces ONG ont identifié cet enjeu brûlant, aucun pôle fédérateur d’expertise et d’actions entièrement consacré au viol de guerre n’existe à ce jour.

A l’exception de WWoW et récemment de la Fondation Mukwege (créée en 2016 et avec qui WWoW travaille en coordination), aucune organisation dédiée à la question unique du viol de guerre n’existe à ce jour.

A travers le développement de l’outil Back Up, WWoW entend apporter une réponse globale, créer un réseau solide et fournir des outils adéquats aux victimes et aux professionnels. En effet, le Back Up permettrait d’une part, de fédérer les acteurs professionnels impliqués sur ces questions ; d’autre part de permettre aux survivant.e.s et aux communautés de combattre elles-mêmes ce fléau dont elles sont les victimes.