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  • Violence sexuelle et reproductive à Gaza depuis le 7 octobre 2023 : Retour sur le rapport de la Commission d'enquête internationale

    Le rapport publié le 13 mars 2024 par la Commission d’enquête internationale sur le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, met en cause les forces de sécurité israéliennes et les colons israéliens pour la mise en œuvre d’une stratégie systématique de violences sexuelles et reproductives contre la population palestinienne, en particulier les femmes , depuis le 7 octobre 2023. Selon la Commission, ces violences sont désormais des instruments de guerre utilisés par le gouvernement israélien pour dominer, opprimer et annihiler la population palestinienne. Ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, réprimés par le droit international pénal et le droit international humanitaire. Le rapport met en avant de graves atteintes au droit à la vie et évoque la possible qualification de crimes contre l’humanité, notamment le crime d’extermination. Il insiste sur la vulnérabilité accrue des femmes dans ce contexte. D’après les conclusions de la Commission, en octobre 2023, 33 % des victimes tuées à Gaza étaient des femmes. Cette augmentation des décès féminins serait principalement due à l’intensification des frappes aériennes, à l’élargissement des critères de ciblage et aux déclarations de certains responsables israéliens, susceptibles d’être interprétées comme une autorisation généralisée d’attaquer des sites civils dans la bande de Gaza.   Qu’est-ce qu’une Commission d’enquête internationale ? Les commissions d’enquête, les missions d’établissement des faits et autres organes d’investigation ont pour objectif d’examiner , de documenter et d’analyser les violations graves du droit international des droits de l’homme et du droit international humanitaire. Ces mécanismes, en garantissant la collecte de preuves et l’identification des responsables potentiels, jouent un rôle déterminant . Ils permettent de qualifier les actes en tant que crimes et participent ainsi à l’élaboration d’une représentation impartiale et objective de la réalité . Depuis 1963, soixante-quinze commissions d’enquête et missions d’établissement des faits ont été créées. Selon le contexte, ces missions peuvent être nationales, englobant l’ensemble d’un territoire, ou spécifiques, concentrées sur une région déterminée. Dans certains cas, elles portent sur des événements précis. Chaque commission dispose du pouvoir de définir l’étendue et la durée de son mandat, de désigner ses membres et d’organiser ses capacités opérationnelles en fonction des objectifs fixés. Leur mission ne se limite pas à la simple constatation des infractions commises : elles permettent d’identifier des schémas de violations récurrents et, dans certains cas, de désigner des individus présumés responsables. Cependant, ces organes d’enquête restent des structures temporaires non judiciaires , dont la mission est de mettre en évidence les violations du droit international et de formuler des recommandations en vue de la mise en œuvre de mesures correctives. Ils s’inscrivent ainsi dans une démarche intermédiaire .  Leur rôle consiste à faciliter l’accès à la justice, sans toutefois revêtir la qualité de juridictions. Leur mission se limite à alimenter les procédures en cours. Les conclusions qu’ils formulent ne possèdent pas la force contraignante des décisions juridictionnelles. Cette absence de caractère obligatoire, conjuguée à l’impossibilité d’exécution, en limite considérablement l’impact direct. En conséquence, ces mécanismes d’enquête ne se présentent pas comme une réponse judiciaire en tant que telle, mais plutôt comme un instrument palliatif face aux limites  de la justice pénale internationale. Ils constituent un levier supplémentaire dans la lutte contre l’impunité. Quelle est la méthodologie d’une Commission d’enquête ?   À l’origine, ces commissions étaient essentiellement chargées de déterminer si les violations des droits humains constituaient des infractions en vertu du droit international et d’identifier les responsables, tout en recueillant les preuves pertinentes. Leur approche étant alors davantage politique que juridique . Toutefois avec les évolutions récentes, la responsabilité pénale internationale est devenue un enjeu central dans les travaux de ces commissions, ce qui a conduit à une révision de leurs méthodes et de leurs conclusions.   L’émergence du numérique a engendré de nouveaux défis méthodologiques, notamment en raison des transformations dans la nature des conflits armés. Par exemple, certaines commissions, telles que celle chargée de l’enquête sur le Venezuela, ont intégré des informations provenant de sources ouvertes dans leurs démarches de collecte de preuves. [1] Malgré les avancées réalisées, plusieurs rapports des commissions d'enquête ont fait l’objet de critiques concernant des biais politiques sous-jacents . Elles mettent en évidence l'importance d’une transparence accrue dans le processus de sélection des sources et des témoins , ces éléments étant fondamentaux pour assurer la fiabilité et l’objectivité des conclusions. L’évaluation de la qualité d’un rapport d’enquête repose généralement sur des critères rigoureux, tels que la précision, l'objectivité, la cohérence, la fiabilité des sources, l'équilibre et l'indépendance . [2] Dans le cadre de leurs missions, les commissions d’enquête des Nations Unies recourent à une pluralité de méthodes d’enquête : entretiens avec des témoins, documents écrits, vidéos, images satellites, ainsi que preuves médico-légales. Dans ce contexte, l'accès au terrain et la qualité des sources sont des éléments déterminants. Toutefois, les commissions se heurtent parfois à des obstacles considérables, notamment lorsque les États concernés s’opposent à leur intervention. Il convient de rappeler que le consentement des États n’est pas nécessaire pour la mise en place d’un mécanisme d’enquête. Cependant, lorsque ces derniers désapprouvent l’existence ou l’étendue de ces mécanismes, ils peuvent tenter de compromettre le bon déroulement des investigations. Par exemple, pour le présent rapport, la Commission n’a pas pu se rendre en Israël. Dès lors, elle a dû s’appuyer principalement sur les informations fournies par des ONG présentes sur zone, ainsi que par des témoins directs (victimes, témoins) et indirects. Cette situation soulève une question essentielle : un tel contexte compromet-il la rigueur de l’enquête ? Peut-on dès lors parler de biais ou de politisation dans l’élaboration du rapport ?   Pas forcément . Bien que la présence sur le terrain soit souhaitable pour garantir une enquête exhaustive, et indépendante, de telles circonstances ne constituent pas un obstacle insurmontable à la formulation de conclusions pertinentes et rigoureuses . Le conflit israélo-palestinien n’est pas un cas isolé . D’autres commissions d’enquêtes ont réalisé leurs investigations dans des conditions similaires, sans que cela n’affecte systématiquement la qualité de leurs rapports. Citons par exemples, les Commissions d’enquête sur le Burundi et l’Érythrée, la Commission d’enquête sur la Corée du Nord (RPDC), ou la mission d’établissement des faits sur le Myanmar. [3] En revanche, ce déracinement expose fréquemment les Commissions à des critiques. Elles sont donc tenues de détailler de manière rigoureuse leur méthodologie. La Commission sur le Darfour a fait l’objet de critiques concernant sa méthode de sélection des témoins. Une problématique similaire a été observée dans le cas de la Commission chargée d’enquêter sur la Libye. De même, lors de l’enquête menée sur Gaza en 2009, certaines personnes clés ont été arrêtées et placées en détention par les autorités avant de pouvoir témoigner devant la Commission. Concernant la RPDC, deux enjeux majeurs relatifs aux sources d’information ressortent. Premièrement, en ce qui concerne les documents écrits, l’enquête s’est principalement appuyée sur des sources en anglais ou sur des textes coréens traduits en anglais, ce qui a conduit à une sous-représentation des contributions provenant des ONG et des instituts produisant principalement en coréen. Deuxièmement, un problème similaire a affecté les témoignages. La commission a identifié un groupe potentiel de 30 000 témoins, en grande partie des Nord-Coréens ayant émigré en Corée du Sud. Elle a elle-même souligné que cet échantillon auto-sélectionné exprimait, de manière générale, une perception négative du régime nord-coréen. [4] En l’absence d’accès direct à la zone concernée, l’un des défis majeurs auxquels ces commissions se heurtent réside dans leur dépendance aux enquêtes et aux éléments de preuve fournis par des ONG, des organisations de la société civile locale et des témoins civils . Bien que ces contributions soient essentielles, elles soulèvent également la question de l’évaluation critique des informations recueillies , ces acteurs ne disposant pas nécessairement des outils et du recul nécessaires pour garantir leur objectivité . Dans son rapport du 13 mars 2024, la Commission d’enquête sur Israël et les territoires palestiniens a dû faire face ces enjeux.  En raison du refus d’Israël d’accorder l'accès aux zones concernées, la commission s’est appuyée sur des sources externes, sans toutefois détailler de manière suffisamment précise la méthodologie de leur collecte et évaluation. Cette approche a donné lieu à des critiques, notamment de la part de l’American Jewish Committee, qui a dénoncé, le 25 mars, un « biais systématique contre Israël [MOU1]   [FS2]   [CB3]   ». [5] Le Comité a souligné plusieurs omissions telles que l’absence de mention des attaques du 7 octobre, des otages et du droit à l’autodéfense, ainsi qu’un déséquilibre dans l’analyse du contexte sécuritaire. [6] Ces observations soulignent la nécessité d’une transparence méthodologique renforcée. Un tel rapport doit s’appuyer sur l’intégralité des sources disponibles au moment de l’investigation, en détaillant précisément les modalités d’accès, le processus de sélection des sources, ainsi que la diversification des témoignages recueillis. Or, la section méthodologique du rapport semble insuffisamment développée, ce qui peut susciter des interrogations sur la fiabilité des informations présentées, particulièrement dans un contexte où la désinformation est omniprésente dans les conflits armés. Un exposé plus approfondi des critères méthodologiques utilisés par la Commission aurait permis d’accroître la confiance dans la solidité des conclusions formulées. On déplore également que la Commission ne cite aucune source précise, même en note de bas de page. Les éléments de preuve recueillis sur les réseaux sociaux ne sont jamais accompagnés d’informations essentielles telles que la date, l’heure ou la plateforme utilisée, et aucun message n’est directement mentionné, même lorsque sa reproduction n’est pas possible. Cette absence totale de référence soulève des interrogations sur la matérialité des preuves avancées. Il importe de rappeler qu’un mécanisme d’enquête ne constitue pas une fin en soi dans le processus judiciaire. L’établissement de commissions d’enquête ne peut être assimilé à une volonté politique explicite de lutter contre les crimes de masse de manière effective. Ces dispositifs n’ont de véritable impact que s’ils s’accompagnent de mesures concrètes , tant au niveau international, régional que national, en vue d’assurer la justice, de promouvoir la réconciliation et de prévenir la répétition de telles atrocités. [7] Les mécanismes d’enquête mandatés par le Conseil des droits de l’homme (HRC) jouent un rôle essentiel dans la documentation et la qualification des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocides. Cependant, ils ne doivent pas constituer l’unique réponse de la communauté internationale face à ces violations . Enfin, sur le fond, le rapport de la Commission d’enquête met en évidence un enjeu majeur : l’utilisation des violences sexuelles comme outil de représailles dans les conflits armés. Partie II. Les violations constatées 1. Destruction des infrastructures de santé sexuelle et reproductive : Une tactique systématique Le rapport dénonce la destruction ciblée des infrastructures de santé, une stratégie délibérée utilisée par les forces israéliennes pour anéantir les services de santé sexuelle et reproductive en Palestine . Depuis le début du conflit, de nombreux hôpitaux et cliniques ont été attaqués de manière ciblée. L'exemple de l'hôpital Al-Shifa à Gaza, l'un des plus grands établissements de soins pour les femmes, est particulièrement frappant : il a été gravement endommagé, rendant l'accès aux soins prénatals et aux services gynécologiques quasiment impossible. En 2023, plusieurs cliniques de santé reproductive ont été détruites lors de frappes aériennes israéliennes, rendant inaccessibles les soins médicaux urgents pour les femmes et les filles (avortements thérapeutiques, la prise en charge des complications liées à la grossesse…) «  Les attaques directes contre les établissements de santé offrant des services de santé sexuelle et reproductive ont touché environ 540 000 femmes et filles en âge de procréer à Gaza.  » La destruction du matériel médical lors des frappes aériennes a plongé la région dans une crise humanitaire majeure, privant les femmes palestiniennes d’un accès vital aux soins essentiels : malnutrition, pénurie alimentaire, difficultés d'allaitement, famine, manque de produits d'hygiène et d'accès aux installations sanitaires, en particulier pendant le travail et l'accouchement. Le nombre de décès maternels a fortement augmenté, en raison de l'absence de soins adéquats. 2. Violences sexuelles : Des actes de torture et de terreur Des témoignages de victimes recueillis par des organisations humanitaires sur le terrain documentent des actes de  violence sexuelle  d'une extrême brutalité. Des femmes et des filles palestiniennes auraient  été violées collectivement par les forces israéliennes. Les  violences sexuelles collectives  sont fréquemment signalées dans les  zones d'affrontements  où les femmes sont arrêtées, séquestrées et  violées par plusieurs soldats israéliens . Par exemple, un témoignage d'une femme en détention indique que, pendant une  incursion militaire israélienne dans le camp de réfugiés de Jabalia , elle a été  enlevée  avec d'autres femmes et forcée à subir des violences sexuelles en groupe. Des  tortures sexuelles   auraient été  également pratiquées dans les  centres de détention  israéliens et les prisons (Negev, Damon et Hasharon) où les femmes et les hommes palestiniens sont incarcérées. La Commission a confirmé que la vidéo, filmée le 31 octobre 2023 à Hébron en Cisjordanie, montre six hommes les yeux bandés, déshabillés, et allongés au sol, deux d'entre eux étant complètement nus. Les raisons de leur capture sont contradictoires, les Forces de défense israéliennes (ISF) les accusant d'être des militants du Hamas, tandis que d'autres sources suggèrent qu'ils étaient des travailleurs de Gaza. L'un des hommes semble inconscient, l'autre crie de douleur. Un soldat est vu marchant sur le visage d'un autre homme, les mains et pieds liés, avant de le tirer par les jambes. Ces situations ne sont pas des cas isolés selon la Commission. « La violence sexuelle est utilisée comme moyen de punition et d’intimidation dès le moment de l’arrestation et tout au long de la détention, y compris lors des interrogatoires et des fouilles ». En se fondant sur plusieurs vidéos et photos enregistrées par les soldats israéliens et publiées en ligne, la Commission met en lumière le harcèlement sexuel et l'humiliation publique auxquels sont soumises les femmes palestiniennes, notamment à travers le harcèlement en ligne et les campagnes de diffamation orchestrées par des responsables et des soldats israéliens . 3. Exploitation sexuelle en situation de déplacement : Prise de contrôle sur les corps La situation de déplacement massif des Palestiniens, a exposé les femmes à un risque accru de violences sexuelles et sexistes. Les Palestiniennes fuyant les zones de bombardement sont fréquemment prises pour cibles par des soldats israéliens ou des colons. Ces agressions surviennent notamment dans les camps de réfugiés, où les femmes, particulièrement vulnérables, se retrouvent à la merci des groupes armés israéliens. Lors de ces déplacements, aucune distinction ni exception n’a été faite pour les femmes enceintes, les femmes âgées, les patientes en maternité, les femmes et les filles en situation de handicap ou celles incapables d’évacuer pour diverses raisons : absence de moyens de transport, manque d’assistance, souffrance liée aux séparations avec leurs enfants, violences sexuelles, nudité forcée et dévoilements humiliants. 4. Violences sexuelles en détention : une politique délibérée, un moyen d’intimidation et de dégradation Les violences sexuelles dans les centres de détention israéliens ne se limitent pas à des viols individuels. Des témoignages font état de violences sexuelles en groupe, utilisées comme moyen d’intimidation et de dégradation des femmes incarcérées. Dans certains cas, des soldats israéliens auraient contraint des détenues à se déshabiller devant eux, les exposant à des formes d’humiliation publique, notamment par la nudité forcée et le dévoilement. D’autres femmes ont été violées dans des conditions d’isolement total, sans possibilité de recours ni accès aux soins. Selon la Commission, ces actes font partie d’une  politique délibérée . 5. Violence basée sur le genre : Des répercussions sociales et psychologiques Les violences sexuelles et reproductives subies par les Palestiniennes ont des conséquences dévastatrices sur la structure sociale de la communauté. Selon la Commission, les femmes, gardiennes de la culture et des traditions familiales, sont ciblées dans leur intimité la plus profonde, fragilisant ainsi les liens sociaux et familiaux indispensables à la résilience collective. Ces violences ont également des conséquences majeures sur la santé mentale des survivantes, aggravées par l'absence de soutien et la persistance du traumatisme . Le conflit prolongé et le déplacement aggravent les inégalités de genre en renforçant la discrimination structurelle préexistante. La Commission d’enquête a recueilli des témoignages de femmes de Gaza faisant état de comportements de contrôle de la part des membres masculins de leur famille, limitant leur autonomie et leur liberté de mouvement. Les femmes victimes de viol et leurs familles subissent fréquemment une stigmatisation sociale qui accentue leur isolement. La Commission souligne que ces violences de genre s’inscrivent dans un contexte social et normatif spécifique, marqué par des sensibilités culturelles et religieuses fortes autour de la vie privée, de la nudité et du port du voile. La stigmatisation et l’exclusion qui en résultent peuvent avoir des répercussions profondes tant sur les victimes que sur l’ensemble de la communauté. L’utilisation des réseaux sociaux amplifie encore ces souffrances en exposant les survivantes à une humiliation prolongée et irréparable. 6. L’impunité et l’utilisation de la violence sexuelle comme moyen de vengeance La Commission relève l'absence d'efforts significatifs de la part d’Israël pour poursuivre les auteurs de violences sexuelles à Gaza . La Commission estime que les investigations ont révélé une culture d’impunité au sein des forces de sécurité israéliennes. Des publications sur les réseaux sociaux, souvent diffusées par les soldats eux-mêmes sous leur véritable identité, documentent des actes de violence sexuelle et d’humiliation . La Commission a collecté ces éléments, constatant que l’absence de sanctions traduit un encouragement implicite de la part des autorités militaires et politiques. La Commission estime également que l’incitation à la violence vise indistinctement l’ensemble de la population de Gaza, considérée comme complice des attaques du 7 octobre 2023. Des responsables israéliens ont explicitement justifié l’absence de considérations humanitaires, assimilant femmes et enfants à « des ennemis à exterminer ». Des déclarations publiques, comme celles du général Giora Eiland ou du député Hanoch Milwidsky, ont légitimé les pires exactions, tandis que des graffitis laissés par des soldats en territoire occupé témoignent d’une propagande déshumanisante. De plus, la Commission souligne que le corps et la sexualité des femmes sont souvent instrumentalisés dans les conflits, associés à l’honneur national et utilisés pour justifier des représailles. Elle établi qu’en Israël, les violences sexuelles commises le 7 octobre ont été mobilisées pour soutenir l’intensification des opérations militaires à Gaza, qualifiant le Hamas de « régime de violeurs ». Cette instrumentalisation s’est traduite, selon la Commission, par la diffusion de vidéos de détenus palestiniens confessant des crimes sexuels, dans le but d’obtenir l’adhésion de l’opinion publique aux actions militaires israéliennes . Flore Siproudhis [1] Anna Golikova « Les mécanismes d’enquête mandatés par l’ONU », Thèse, https://theses.fr/s411543 [2] Hun Joon Kim, “Are UN Investigations into Human Rights Violations a Viable Solution? An Assessment of UN Commissions of Inquiry,  Journal of Human Rights Practice” , Vol 11, February 2019, Pages 96–115,  https://doi.org/10.1093/jhuman/huz008 [3] Global Centre for the responsability to protect « Human rights council investivative mechanisms and mass atrocity prevention”, November 2019 https://www.globalr2p.org/wp-content/uploads/2019/11/2019-November-FFMs-CoIs-and-R2P.pdf [4] Hun Joon Kim, ibid .   [5] American Jewish Committee, “Letter to UN Human rights Council Members Opposing anti-Israel resolutions”, March 27, 2025 https://www.ajc.org/news/american-jewish-committee-letter-to-un-human-rights-council-members-opposing-anti-israel “ Since its establishment in 2006, the Human Rights Council has continually singled out and criticized Israel. No other country has been subjected to such scrutiny and systemic bias”. [6] American Jewish Committee, ibid.   [7] Global Centre for the responsability to protect « Human rights council investivative mechanisms and mass atrocity prevention”, opt cit.

  • Ukraine | Des groupes de parole pour libérer la parole : une étape essentielle vers la justice pour les victimes des violences sexuelles

    Le 15 mars 2025, les journalistes Carlotta Gall et Oleksandr Chubko, du New York Times , ont publié un article important retraçant l’engagement des groupes de survivantes dans leur lutte pour que la parole des femmes victimes de violences sexuelles commises par les soldats russes soit enfin libérée. Dans un village de la région de Kherson, Liudmyla, une femme de 77 ans, s'est dressée avec une dignité admirable devant un groupe de femmes. Elle a partagé son histoire avec courage : « J'ai été battue, j'ai été violée, mais je suis encore en vie grâce à ces personnes. » Par ce témoignage poignant, elle brise le silence sur l'une des facettes les plus cruelles et dévastatrices de l'invasion russe en Ukraine : l'utilisation systématique de la violence sexuelle comme arme de guerre. [1] Liudmyla n'est pas un cas isolé. Aux côtés de Tetyana, 61 ans, et d'Alisa Kovalenko, 37 ans, elles organisent depuis l'année dernière des rencontres dans les villages de la région, visant à sensibiliser la population à la violence sexuelle en temps de guerre. Ces groupes de parole, animés par des survivantes, sont essentiels car ils créent un contexte propice à l'écoute et à l'expression , permettant aux victimes de se libérer du poids du silence. Le viol est l'un des crimes les plus difficiles à dévoiler, souvent dissimulé par la honte, la peur et l'isolement.  Dans le tumulte des bombardements, l’urgence n’est pas à la parole, et les survivantes se sentent souvent illégitimes à évoquer leurs souffrances. Comme le souligne Véronique Nahoum-Grappe, « le viol est un crime de profanation », son traumatisme est exacerbé par la honte que la victime porte sur elle-même. « Contrairement à d'autres violences physiques, dont les cicatrices peuvent être exhibées comme des marques de courage, une femme violée subit l'opprobre et la marginalisation » [2] Ces réunions, tenues dans un cadre sécurisé et bienveillant, jouent un rôle crucial en brisant le silence qui entoure ces atrocités  : « Le plus important est de rassurer les victimes, de leur faire savoir qu'elles sont en sécurité », souligne Tetyana. « Il faut travailler sa douleur pour qu'elle ne reste pas trop longtemps en soi.» La difficulté à évoquer ces violences réside non seulement dans les traumatismes personnels qu’elles engendrent, mais aussi dans la peur de ne pas être crue ou de subir une stigmatisation accrue. En offrant un espace d'écoute, ces groupes permettent de surmonter les obstacles, qu’ils soient internes ou externes, et donnent aux survivantes la possibilité de se reconstruire. Ces groupes de parole constituent un moyen de résilience face à l’oppression et ouvrent la voie à une prise de conscience collective indispensable pour la reconstruction d’une nation dévastée par la guerre. Depuis le début de l'invasion russe, les procureurs ukrainiens ont enregistré plus de 344 cas de violences sexuelles liées au conflit, dont 220 concernent des femmes, parmi lesquelles 16 mineures. Cependant, les organisations de défense des droits des femmes estiment que le chiffre réel est bien plus élevé , se comptant en milliers . Pour Sofi Oksanen, les statistiques ne captent qu’une fraction des souffrances vécues. Ce décompte officiel ne rend pas compte de l’étendue réelle du phénomène. Elle souligne qu’il ne révèle pas l’impact indirect sur les proches des victimes, ni sur leur vie professionnelle, leur santé mentale, ou leur capacité à maintenir une vie sociale. « Il ne parle pas de celles qui ont perdu la voix, ou qui choisissent désormais leurs vêtements non plus pour se sentir bien, mais pour cacher leurs corps. Il ne mentionne pas les mères qui déguisent leurs filles en garçons pour les protéger, ou celles qui ont accumulé des seaux de fumier chez elles, prêtes à en asperger leurs filles pour les protéger des soldats russes. Il ne parle pas de cette génération perdue, des enfants que ces femmes ne pourront jamais avoir. Il ne mentionne pas ces femmes qui, après ce qu’elles ont vécu, évitent toute intimité avec leur mari, ou celles qui sont abandonnées par leur conjoint dès qu'il découvre ce qui leur est arrivé. Il ne parle pas des infections, du VIH ou des troubles de la thyroïde qui marqueront la vie de certaines victimes à jamais. Et ce ne sont que les troubles physiques. Les violences sexuelles infligent des blessures profondes, qui peuvent affecter la santé des victimes pour le reste de leur vie, de manière invisible mais indélébile. » [3] Le premier procès pour viol lié aux atrocités commises par les troupes russes a eu lieu en mai 2022 en Ukraine, avec la mise en accusation de Mikhaïl Romanov. Poursuivi par contumace, ce procès marquait une étape historique dans la lutte contre l’impunité des auteurs de violences sexuelles en temps de guerre. Il constituait le premier acte judiciaire pour des crimes aussi odieux, mais il ne représente que le début d’un processus judiciaire beaucoup plus vaste. En effet, les troupes russes qui ont attaqué l’Ukraine se sont systématiquement rendues coupables de violences sexuelles à l’encontre de civils , hommes et femmes, de tous âges.  Ces actes barbares sont devenus un élément récurrent des atrocités commises pendant l’invasion, soulignant la brutalité et la déshumanisation systématique imposées à la population civile ukrainienne. Les preuves collectées par les observateurs et chercheurs internationaux révèlent des actes de violence sexuelle d'une ampleur et d'une cruauté inouïes. Ces agressions se sont souvent perpétrées en public, dans le but d'imposer une terreur collective. Les soldats russes, parfois en pleine rue, se sont livrés aux viols de manière délibérée, forçant parfois d'autres membres de la communauté à en être témoins. Dans des scènes d'une violence extrême, des parents ont été contraints d’assister au viol de leurs enfants, et inversement. Pire encore, certaines victimes ont été violées de longues heures, jusqu’à la mort. [4] Interrogée par  Le Monde  en 2022, la défenseure ukrainienne des droits de l'Homme, Lioudmyla Denissova, soulignait : « Les Russes ne se contentent pas de violer ici. Ils violent d'une manière telle que les victimes meurent par la suite. Ils leur tirent dessus ou les violent si brutalement que les victimes succombent à leurs blessures. » [5] Ces viols ne constituent pas un phénomène récent datant de 2022, mais s’intègrent pleinement dans la stratégie militaire russe . Comme le rappelle Sofi Oksanen, les viols perpétrés par l’armée rouge sont restés tus, de même que ceux commis lors des guerres en Tchétchénie et en Syrie. Après l’annexion illégale de la Crimée et la prise de contrôle des régions séparatistes en 2014, les victimes n’ont pas eu la possibilité de dénoncer les violences sexuelles auxquelles elles ont été soumises. La cécité de la communauté internationale et des autorités ukrainiennes traduit un oubli moral profond , permettant la réitération des crimes. Pourquoi la Russie recourt-elle à cette arme ? En partie parce que, comme l'explique Philippe Rousselot, « le viol de guerre se présente comme une extension, voire un substitut, à la prise de possession d’un territoire. À l’acquisition, qu’elle soit temporaire ou définitive, d’un espace convoité, s’ajoute une emprise sur les populations, incarnée par l’appropriation des corps . Le viol de guerre devient ainsi une forme de conquête déterritorialisée, où se manifeste, de manière brutale, le sentiment de domination inhérent à toute annexion. À travers cet acte se conjuguent trois dimensions : l’acte de guerre (violer, c’est tuer sur le champ de bataille), la prise de guerre (violer, c’est saisir et posséder), et la conquête (violer massivement, c’est marquer de manière indélébile un territoire de sa présence). » [6] Désormais, la communauté internationale prête enfin une oreille attentive, les procureurs ukrainiens prennent en charge les dossiers, et la parole des survivantes se libère progressivement. À travers leurs témoignages, recueillis au sein des groupes de parole, ces femmes documentent non seulement la réalité des violences, mais aussi la douleur intime et profonde des survivantes . L'organisation SEMA Ukraine a joué un rôle déterminant en facilitant l'accès à des soins médicaux et à un soutien psychologique pour de nombreuses femmes. Quinze survivantes ont ainsi été encouragées à témoigner et à rejoindre leur communauté. En mars 2025, une délégation de SEMA Ukraine s'est rendue à la Commission des Nations Unies sur le statut des femmes pour dénoncer ces crimes. Lors de cette session, elles ont présenté un film poignant retraçant le calvaire des survivantes et ont exigé que la Russie soit officiellement désignée comme responsable des crimes de violence sexuelle en Ukraine. Iryna Dovgan et Alisa Kovalenko expliquent que leur témoignage est à la fois un acte de reconstruction personnelle, un soutien aux autres survivantes, et un combat pour la démocratie . « Il faut que le monde entier entende les crimes que la Russie a commis en Ukraine. Dommage que ce soit seulement maintenant », déclare Alisa Kovalenko. Parler devient un acte de résistance . C’est une forme de réappropriation de soi , une manière de se reconstruire après l’horreur. « C'est une révolution de parler des viols subis quand on est une femme », confie une survivante. Depuis l’invasion à grande échelle, les autorités ukrainiennes ont déployé plusieurs initiatives, soutenues par des bailleurs de fonds internationaux, afin de répondre aux violences sexuelles liées au conflit. La loi n° 10132, intitulée « Loi sur la protection juridique et sociale des droits des victimes de violences sexuelles liées à l’agression de la Fédération de Russie contre l’Ukraine et les réparations provisoires urgentes », vise à faciliter l’action judiciaire des victimes tout en leur garantissant l'accès à des soins essentiels. Elle cherche à intégrer les principes du droit pénal international dans les enquêtes et poursuites relatives aux crimes de violences sexuelles. Cependant, comment rendre véritablement justice sans les témoignages des victimes ? Face à cette horreur, les survivantes se réapproprient leur histoire , dénoncent l’utilisation du viol comme une arme de guerre, un crime que la justice internationale ne peut plus se permettre d’ignorer. Comme le souligne Sofi Oksanen , « condamner les menaces et la culpabilisation des victimes, c’est aussi rendre justice. » [7] WWOW et son engagement sur le terrain Consciente du rôle essentiel que joue la libération de la parole, l’ONG  We Are Not Weapons of War  (WWoW) se tient aux côtés des victimes pour les soutenir, améliorer la documentation des crimes et plaider en faveur de la justice en Ukraine. En partenariat avec  Stand Speak Rise Up!  (SSRU) et le  Women’s Information Consultative Center  (WICC), WWoW a organisé un symposium à huis clos à Kiev afin d’examiner les défis liés à la documentation, à la prévention et à la poursuite des violences sexuelles en temps de guerre (CRSV) en Ukraine. Ces échanges confidentiels ont permis d’identifier les obstacles entravant l’accès des survivantes et survivants aux soins et à la justice, de sensibiliser aux différentes formes de violences sexuelles – y compris celles touchant les hommes –, de faciliter le dialogue entre les victimes, les acteurs de la société civile et les professionnels du droit, ainsi que de renforcer la coopération entre le gouvernement, les experts juridiques et les organisations nationales et internationales. Chaque témoignage, chaque parole libérée constitue une avancée contre l’invisibilité et l’impunité. Ce symposium aboutira à la publication d’un livre blanc, attendu pour début mai 2025. Par ailleurs, l’ONG déploie son outil  Back Up  sur le terrain, offrant aux survivantes et survivants un moyen sécurisé de signaler les violences subies, d’accéder à des services essentiels et de contribuer aux efforts de justice. Flore Siproudhis [1] New York Times “Slowly, Ukrainian Women Are Beginning to Talk About Sexual Assault in the War”, mars 2025 https://www.nytimes.com/2025/03/15/world/europe/ukraine-women-sexual-violence-war.html [2] Véronique Nahoum Gappe « Tout viol est une torture, toute torture est un viol »., pour l’Ukraine https://www.pourlukraine.com/viols/reflexion-anthropologique [3] Sofi Oksanen « Deux fois dans le même fleuve : la guerre de Poutine contre les femmes », Stock 8 novembre 2023. [4] Sofi Oksanen, ibid. [5] Le Monde, « dans un village ukrainien occupé par les russes, la brûlure indicible du viol », Ghazal Golshiri, 12 mai 2022 https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/12/dans-un-village-ukrainien-occupe-par-les-russes-la-brulure-indicible-du-viol_6125721_3210.html [6] Philippe Rousselot, le Viol de Guerre, La Guerre du Viol.  Inflexions,   38(2), 23-35. https://doi.org/10.3917/infle.038.0023 . [7] Sofi Oksanen « Deux fois dans le même fleuve : la guerre de Poutine contre les femmes », opt cit.

  • Procès pour meurtre et viols de soldats sud-soudanais

    La justice nationale s’efforce aussi de lutter contre l’impunité. 14 ans de prison pour viol de guerre. N’oublions pas que c’est d’abord et avant tout à cette échelle que des poursuites peuvent être mises en oeuvre rapidement. « Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3,5 millions de déplacés. La famine, conséquence directe du conflit, touche plus de 100 000 personnes dans certaines zones du pays et en menace un million d’autres. Le conflit avait été amorcé par des combats entre des unités rivales de l’armée, minée par des antagonismes politico-ethniques alimentés par le duel à la tête du régime entre MM. Kiir, un membre de l’ethnie dinka, et Machar, un Nuer {…} Mardi 6 juin au matin, les accusés ont comparu devant le tribunal militaire, portant divers uniformes signalant leur appartenance à différentes unités. Quatre d’entre eux portaient l’uniforme de la Division Tigre, la garde républicaine assignée à la sécurité du président. Ils sont poursuivis pour « meurtre », « viol », « pillage » et « détérioration de biens ». La peine la plus sévère encourue pour le meurtre est la peine de mort. Pour le viol, il s’agit de quatorze ans de prison. » Pour aller plus loin : « 13 soldats sud-soudanais jugés pour meurtre et viols à Juba » – Le Monde .

  • Michele Mitchell, élue femme de l’année à Monaco

    Michele Mitchell, co-réalisatrice du documentaire The Uncondemned avec Nick Nouvel a été élue Femme de l’Année à Monaco hier. Un des meilleurs documentaires sur le viol de guerre en ce qu’il ne victimise PAS, ne met PAS en scène des victimes racontant leur torture, ne joue PAS sur l’émotion mais au contraire, montre comment des femmes ont pris en main leur destin et sans le savoir, sont devenues des héroines. Celles que l’on n’a pas voulu entendre, mais qui en ont fait fi, celles qui ont fait basculer la justice pénale internationale. Le documentaire montre également le travail exceptionnel d’une équipe de juristes dingues, d’un journaliste fabuleux Thierry Cruvellier, qui ont fait du viol de guerre un élément de génocide au Rwanda lors du procès de Jean-Paul Akayesu au Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

  • Le cri étouffé – Manon Loizeau, Annick Cojean, Souad Wheidi

    Ce soir sur #France2 Soirée #Syrie et le documentaire « Un cri étouffé » de Manon Loizeau, Annick Cojean en collaboration avec Souad Wheidi. Pourquoi faut-il voir ce film ? D’abord parce qu’il fait le choix de laisser la parole à des femmes syriennes, des femmes engagées militantes et qui ont vu leur vie basculer dans la guerre mais aussi, à travers la mise en place d’un système de destruction massif à travers les viols systématiques dans les prisons de Bachar Al Assad. Qu’il nous replonge dans ce qu’est exactement la guerre en Syrie, le départ avec les manifestations à Deera, celles de simples citoyens et qu’on a tous oublié malgré « opération César » de Garance Le Caisne livre poignant et tellement juste, malgré tous les articles, malgré tous les appels des syriens. Les médias, les politiques, les institutions nous ont submergé de Daech et de terrorisme au point d’avoir fait de Bachar El Assad un presque « sauveur » ! Parce qu’aussi et avant tout, c’est un film sur les femmes, et leur rôle essentiel souvent dans l’ombre, la manière dont elles nous regardent, nous, européens qui avons abandonné la Syrie comme il n’y a pas si longtemps nous avons abandonné la Bosnie; et elles nous le disent, sans colère, sans accusation, elles nous le disent simplement en nous regardant droit dans les yeux à la fin de ce film, droites , fières, justes et nous remettent à notre place avec tant de respect et de dignité. Parce que Manon Loizeau a fait le choix d’aucun commentaire, le choix de ces voix magnifiques, tremblantes, et en colère parfois qui parlent , comme un flot, un torrent qui déferle sur nous. Parce que Manon a fait le choix de la poésie aussi, de la beauté, de la pudeur et de la dignité. Ce film provoquera beaucoup d’émotion, mais il faut absolument que ce film provoque chez chacun de vous bien plus que cela, bien plus que cette émotion qui s’évanouira dans quelques jours, peut être même dès demain matin et ceci est normal, c’est même sain parce qu’il faut vivre et que pour cela il faut aussi se protéger d’une certaine manière de toutes ces horreurs. Pourtant il y a aussi des choses à faire, chacun et chacune d’entre nous ne sommes pas impuissants comme nous avons tendance à le croire trop souvent. Il faut prendre conscience, être informé et comprendre. Le film explicite et démontre parfaitement la mécanique, en place très rôdée et nous montre que rien n’arrive par hasard, que ces viols ne sont ni des pulsions de soldats ni des « dommages collatéraux », non: – ils sont pensés, – mis en place pour humilier, – enfermer dans le tabou et le silence, – détruire le système familial, – détruire les fils, les filles, les pères, les mères et les maris de ces femmes et, – rendre ces femmes prisonnières à jamais du crime abominable qu’on leur a imposé. Comme vous le savez, nous travaillons depuis longtemps sur ces questions, en terme de sensibilisation publique nous travaillons avec les survivant e s parce que ce sont avant tout, des femmes, des hommes et des enfants d’une dignité absolue, d’une force incroyable et qu’il faut faire sortir de cette prison traumatique absolue en les regardant autrement, en ne détournant pas le regard ni les oreilles lorsque leurs mots disent l’indicible. Le film à cet égard sait rester juste et pudique. Il n’est nul besoin de formuler l’horreur pour la comprendre. Nous travaillons au niveau judiciaire parce que des poursuites sont possibles, devant les juridictions pénales internationales comme dans le cadre des institutions judiciaires nationales respectives des pays concernés et à travers la compétence universelle. Nous développons l’outil back up BACK UP Project – WWoW visant à répondre à la sécurisation, stockage et alerte concernant les viols de guerre partout dans le monde et permettant de préparer des dossiers judiciaires, de cartographier, d’apporter une assistance et de répondre aux besoins de la réalité du terrain. Documenter pour que cesse la négation de l’existence de ce crime. Nous développons le projet Foster a Survivor parce que la vie doit aussi exister et qu’il ne faut pas figer les survivant e s dans leur statut de victimes. Parce que pour la Syrie, les blocages sont énormes puisque la Cour Pénale Internationale ne peut (encore) être saisie. Alors il est impérieux de faire pression sur les gouvernements européens, américains, russes et chinois pour que cela change, et pour que les femmes syriennes encore détenues dans les prisons sortent. Nous sommes heureuses et heureux que de plus en plus de journalistes, documentaristes, rédaction, boites de production, chaînes de télévisions en France prennent le risque et parlent du viol de guerre. Les pays anglo saxons en ont fait un sujet important depuis bien longtemps, la France commence à emboiter ce pas, il faut continuer. Parce que c’est un sujet dont il faut parler pour avancer. Parce que c’est un sujet pour lequel des solutions sont possibles et WWoW y travaille depuis longtemps déjà. Parce que non le viol de guerre n’est pas une fatalité. Alors ce soir, ou demain en replay, prenez une heure et regardez un cri étouffé, même si c’est difficile, même si c’est bouleversant et essayez à votre manière de soutenir le travail pour l’élimination du viol de guerre. Ce peut être déjà juste en postant sur FB ce slogan de notre campagne lancée à Londres en 2014 auprès d’Angelina Jolie et dont j’ai fait le nom de mon ONG. Pour ne jamais oublier que nulle part, une femme, un enfant ou un homme ne devrait être/devenir une arme de guerre. #IamNOTaWeaponOFWar #JeNeSuisPASUneArmeDeGuerre Merci Céline Bardet Fondatrice et Présidente de WWoW Juriste et enquêtrice Internationale spécialisée sur les crimes de guerre https://www.francetvinfo.fr/…/document-france-2-tu-commence…

  • La Justice aux trousses d’un criminel de guerre libérien

    « Les Libériens n’ont pas accepté le statu quo de l’impunité au Liberia ». Moses Thomas va devoir rendre des comptes. Chef de l’unité spéciale anti-terroriste des Forces Armées du Liberia (AFL), il est soupçonné d’avoir donné des ordres durant la tuerie de l’église Monrovia, épisode des plus sombres de la guerre civile au Liberia. Le 29 juillet 1990, ses hommes font irruption dans l’église Saint-Pierre de Monrovia et font 600 victimes. Des hommes, des femmes et des enfants. La plupart appartenaient aux tribus Mano et Gio, alors accusées de soutenir la rébellion menée par Charles Taylor et Prince Johnson face au Président Samuel Doe. Le viol est également associé à ce massacre. Les soldats de l’AFL violent ici des femmes de ces tribus Mano et Gio, avant de les exécuter sommairement. Au Liberia, durant toute la guerre civile, le viol a été massivement utilisé. Ce fut une arme à visée ethnique, utilisée spécifiquement contre certaines tribus. Mais aussi à visée économique, permettant le contrôle de territoires et l’accès à certaines ressources. Le viol vise bien une stratégie multiple, le cas du Liberia étant particulièrement révélateur. L’un des objectifs de #WWoW est justement de mettre en lumière ces éléments et de montrer que c’est une arme pernicieuse à plusieurs facettes. Les choses avancent : cette plainte déposée contre Moses Thomas fait écho au procès de Mohammed Jabbateh en octobre dernier, pas en avant décisif pour l’établissement d’une justice post-conflit. Lui aussi était accusé de meurtres, de viols, de torture mais aussi d’esclavagisme. Toutefois, si Moses Thomas est inquiété aujourd’hui, il ne faut pas éluder la responsabilité d’autres criminels. En effet, dans le conflit au Liberia, les bourreaux sont issus de chaque camp. Malgré près de 250 000 morts entre 1989 et 2003, et une Commission pour la Vérité et la Réconciliation établie en 2006, aucun responsable n’a été condamné par la justice libérienne. Charles Taylor purge une peine de 50 ans de prison, mais n’a été jugé que pour ses crimes commis en Sierre Leone. Quant à Prince Johnson, chef rebelle ayant lui-même torturé le Président Doe, il est devenu Sénateur au Liberia, et n’est pour l’instant nullement inquiété pour les exactions commises. La justice et la reconnaissance des victimes de cette guerre civile, doivent être au centre de la reconstruction du pays et des ambitions du nouveau Président George Weah. Martin CHAVE Pour aller plus loin : https://www.nouvelobs.com/monde/20180212.OBS2082/un-criminel-de-guerre-liberien-poursuivi-aux-etats-unis-la-fin-du-sanctuaire.html Photo © DR

  • En Syrie, la Ghouta ne pourra bientôt plus hurler…

    « Pour quelle raison devrions-nous lutter encore, alors que la terre entière est liguée contre nous ?Pourquoi devrions-nous combattre? Pour la Ghouta? Qu’elle repose en paix, il ne reste que des cendres ». Ces quelques phrases sont issues d’une lettre de Ward Mardini, témoignage du cœur de la Ghouta, écrite aujourd’hui même et publiée par l’association SyrieMDL (Syrie Moderne, Démocratique et Laïque). La Ghouta vit bel et bien un massacre, perpétué par le régime de Bachar al-Assad, accompagné de son allié russe – bien que le Kremlin démente toute implication de ses avions dans les bombardements. Il faut bien comprendre que la Ghouta n’est pas une ville syrienne. C’est une large zone située dans la banlieue de Damas, qui représentait auparavant un lieu de sortie le week-end pour les habitants de la capitale. Elle est composée de plusieurs villes, chacune portant son lot de désolation. Douma s’est vue particulièrement touchée par les bombardements à l’arme chimique en août 2013. C’est aussi le cas de Hammouriya. Plus à l’ouest, Daraya est devenue tristement célèbre pour avoir vu ses habitants affamés se nourrir d’herbe, tandis que le régime maintenait un siège sur la ville. Cette stratégie qui consiste à affamer une population en organisant un siège et en bloquant tout convoi humanitaire a été généralisée dans toute la Ghouta, notamment dans les villes de Babila, Qudsaya, Moadamiya, et bien d’autres encore… Oui, la Ghouta aura tout connu : la famine, les armes chimiques, et une nouvelle fois aujourd’hui, les bombardements massifs. Le régime de Bachar al-Assad a en effet lancé une vaste offensive depuis début février. Déjà en janvier, des attaques chimiques avaient été recensées sur la Ghouta. Aujourd’hui, Rami Jarrah, activiste et journaliste syrien très actif et en contact avec des civils sur place, parlait de 322 victimes dont 76 enfants. 9 hôpitaux ont été visés par les bombardements, stratégie utilisée par le régime tout au long du conflit. La Ghouta abrite encore 350 000 civils, vivant sous siège depuis 2012. Plusieurs groupes rebelles y sont également présents : certains sont modérés, d’autres se revendiquent de l’islam radical. On notera que l’Etat Islamique ne semble pas présent dans la Ghouta, en revanche Hayat Tahrir al-Cham (ex Al-Nosra) y possède des groupes. Si le régime déclare bombarder la zone pour se débarrasser de ces groupes rebelles, les civils sont une nouvelle fois les premières victimes. De nombreuses ONG et Organisations Internationales ont appelé à un cessez-le-feu et à une réaction de la part de la communauté internationale. La déclaration « page blanche » de l’Unicef est particulièrement marquante. Geert Cappelaere, directeur régional de l’Unicef pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient a préféré laisser parler son incrédulité et a montré qu’il n’a plus les mots : « Aucun mot de rendra justice aux enfants tués, à leurs mères, leurs pères, à ceux qui leur sont chers ». D’autres ont rapproché ce massacre des heures les plus sombres de notre Histoire. Disons même plutôt que les comparaisons ont visé la façon dont les autorités internationales détournent le regard. Ainsi le massacre actuel dans la Ghouta nous rappelle Grozny, ou encore les camps de Sabra et Chatila. The Guardian compare même la situation avec le massacre de Srebrenica en Bosnie en juillet 1995. Ces comparaisons sont-elles utiles au fond ? On ne parle finalement pas des mêmes situations, les contextes des conflits varient énormément, les acteurs en jeu aussi… Il est d’autre part assez indécent de considérer que tel massacre « est pire » que tel autre. Il n’y a pas de classement de la souffrance, et chercher à savoir qui souffre le plus est au fond assez vide de sens. Toutefois, ces comparaisons nous permettent de réaliser que l’histoire se répète. Les grands discours du « Plus jamais ça » deviennent de belles chimères, et nous renvoient à l’hypocrisie de la « communauté internationale », si tant est qu’on puisse la nommer ainsi. Ce qui se répète aussi, c’est la stratégie de la destruction totale de Bachar al-Assad. Le docteur ne veut pas simplement reprendre la Ghouta, il veut enterrer toute forme d’opposition. C’est la même stratégie de destruction complète à laquelle on a pu assister à Alep où il ne reste plus rien. La même qu’à Daraya : 80 000 habitants en 2010, 4000 aujourd’hui après un siège, la famine et des bombardements qui ont détruit 90% de la ville. C’est une stratégie qu’on risque de retrouver prochainement à Idleb, lorsque le régime et ses alliés voudront reprendre la ville. De façon plus large, c’est un leitmotiv commun au clan Assad. Déjà de son temps, Hafez al-Assad savait déployer un arsenal colossal pour enterrer la révolte. Le massacre à Hama en 1982 ressemble tristement à celui que l’on vit aujourd’hui. Elément souvent oublié, il avait suivi le massacre de 1000 prisonniers dans la prison de Tadmor à Palmyre, ordonné par le frère de Hafez, Rifaat al-Assad. Ce-dernier est d’ailleurs actuellement poursuivi par Trial International, qui mène un combat incroyable pour la justice. La Ghouta est un lieu de désolation, d’un cauchemar éveillé pour les Syriens. Mais pour comprendre l’offensive menée par le régime, il convient d’analyser la situation en termes stratégiques. En voulant remettre la main sur la Ghouta, le régime cherche en fait à sécuriser la capitale, Damas. Là encore, Bachar al-Assad poursuit une stratégie voulue par son père : Hafez al-Assad était convaincu que quiconque contrôlait Damas, détenait toute la Syrie. Et, à travers Damas, c’est le clan alaouite que les Assad ont toujours cherché à protéger. Déjà en 1970, Hafez al-Assad avait encouragé des dizaines de milliers de familles alaouites à s’installer autour de la capitale. Damas est ainsi devenue la ville hébergeant le plus d’Alaouites en Syrie, plus encore que Lattaquié, fief historique de la communauté. Les alaouites appartiennent à une branche sectaire du chiisme, et représentent 10-13% de la population syrienne, celle-ci étant majoritairement sunnite (80%). Le clan Assad au pouvoir est alaouite et cherche à protéger sa communauté. C’est ici l’asabiyya dont nous parlait Michel Seurat, lui qui avait analysé la barbarie du régime bien avant les événements de 2011, et qui l’a payé de sa vie*. L’asabiyya , concept d’Ibn Khaldoun repris par M. Seurat, pourrait se traduire par la « communauté de sang et de destin », c’est le « groupe de solidarité ». Seurat explique que dans la façon dont le clan Assad a pris le pouvoir et l’a conservé, cette asabiyya a toujours été centrale : Hafez puis Bachar al-Assad ont toujours voulu protéger la communauté alaouite et se sont toujours entourés de membres de cette communauté. Ainsi, il n’est pas surprenant de retrouver les frères, les cousins ou les beaux-frères de Bachar al-Assad aux plus hauts postes du pouvoir. Il est important de noter que cette « communauté des destins » n’est pas uniquement basée sur le facteur religieux, mais aussi sur l’appartenance locale (quartier, clan). Loin de vouloir réduire la guerre civile syrienne à un conflit communautaire – les lectures politiques, sociales et économiques se superposent à cette dimension – l’idée ici est simplement de montrer la stratégie d’Assad autour de la Ghouta, et ce qu’il vise à travers les bombardements incessants. L’idée est de sécuriser la capitale, de protéger son clan, et de montrer aux Damascènes qu’ils n’ont plus à craindre des attaques venues de l’extérieur de la ville. L’Iran soutient quant à lui totalement cette stratégie à dessein : les aéroports autour de la capitale sont le principal moyen pour Téhéran d’approvisionner le Hezbollah libanais en armes. Les soldats chiites iraniens ou libanais sont en outre nombreux à se battre autour de Damas. La mosquée de Sayyida Zeinab à Damas est un grand lieu de pèlerinage chiite, et, souvent visée par des roquettes rebelles, elle a incité de nombreux combattants chiites à s’engager dans la bataille. La Ghouta est donc prise dans une stratégie qui la dépasse. Assad veut établir un périmètre de sécurité tout autour de Damas et ne va pas s’arrêter. Après la pluie de bombes, on redoute désormais une offensive terrestre comme le laissait penser le quotidien Al-Watan proche du régime. Une opération au sol pourrait s’accompagner des mêmes atrocités que lors de la reconquête d’Alep, où soldats et miliciens proches du régime ont procédé à des exécutions sommaires dans les habitations et à des viols. Certains témoignages semblent même montrer que des mères de familles ont préféré tuer leurs filles et se suicider plutôt que d’être violées par les troupes du régime. Assad va continuer sa marche vers l’abominable. On le savait. On le sait. C’est à la communauté internationale de décider de rester dans le silence ou de lever la voix. Alors que nous reste-il à faire ? Après de tels propos, on se sent impuissant. Et bien il faut s’indigner. C’est une réponse bien peu suffisante face aux atrocités qui se déroulent, mais ne pas détourner le regard, être conscient de ce qui se passe, c’est la première réponse à avoir. Il y a quelques années encore, un vieux Monsieur, très sage, nous le disait : « Indignez-vous ! », pour ne pas que l’histoire se répète, pour ne pas que les crimes se renouvellent. Comme un symbole, cette offensive du régime intervient alors que la Révolution syrienne – parce que oui, avant d’être une guerre civile, c’est une Révolution du peuple syrien pacifique – est entrée dans sa septième année. Comme un symbole, le reportage de Zein al-Rifai, journaliste syrien exilé, sera diffusé dans l’émission Arte Reportage samedi 24 février à 18h30. Réalisé par Suzanne Allant, « Syrie, de cendres et d’espoir » nous montre une Syrie sous les bombes qui veut continuer à respirer. * L’ouvrage de Michel Seurat en question, « Syrie, l’Etat de barbarie » , PUF, Coll. Proche-Orient, 2012. Martin CHAVE Photo © SyrieMDL Facebook.

  • Violer plutôt que tuer !

    Rodrigo Duterte, l’actuel président philippin, ancien maire du Davao est connu pour ses déclarations polémiques notamment en mai 2016 lorsqu’il affirme qu’il aurait souhaité participer au viol collectif d’une missionnaire australienne tuée en 1989. Dernièrement, il a expressément recommandé à ses soldats de ne pas tuer les femmes mais de « tirer dans leur vagin ». Cela illustre la stratégie étatique qui préconise le viol au meurtre. Il s’agit pourtant de deux actes criminels néanmoins, le viol représente le crime parfait en ce qu’il nécessite peu de moyens, ne laisse que très peu de traces dont les preuves s’avèrent plus délicates à réunir qu’un corps retrouvé sans vie. Au delà, il s’agit d’un acte qui atteint non seulement l’intégrité physique d’un individu mais aussi psychique puisqu’il est difficile de se défaire de ce traumatisme. Par ailleurs, l’intensité de cet acte est telle qu’il terrorise les victimes et, pratiqué à grande échelle peut détruire toute une partie de la population. En ordonnant à ses soldats de violer les femmes rebelles, Duterte est en nette contradiction avec les règles du droit international puisqu’en effet le viol commis dans un conflit armé est constitutif de crime de guerre. A l’heure actuelle, le constat est alarmant puisque le président ne semble pas prendre conscience de la gravité de la situation puisqu’il a déjà annoncé qu’il endosserait la responsabilité des militaires qui commettraient des viols à l’encontre des femmes djihadistes : « Je serai emprisonné à votre place. Si vous violez trois (femmes), je dirai que je l’ai fait. Mais si vous en épousez quatre, fils de pute, vous serez battus ". Partant de ce principe, toute tentative d’obtenir que justice soit faite se heurte à la plus grande impunité. Moradeke Badirou

  • Quarante et unième journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale

    8 mars 1977. L’Organisation des Nations unies adopte une résolution enjoignant à ses pays membres de célébrer une « Journée des Nations unies pour les droits de la femme et la paix internationale », dite « Journée internationale du droit des femmes ». 8 mars 2018. Quarante et unième journée internationale du droit des femmes. République Centrafricaine. Birmanie. Irak. République Démocratique du Congo. Femmes. Nigéria. Syrie. Libye. Soudan. Ouganda. Ex-Yougoslavie. Femmes. Colombie. Philippines. Monde. Conflits. Post-Conflits. Justice transitionnelle. Guerre. Nations Unies. Horreurs. Femmes. Terreur. Gouvernements. Nettoyage ethnique. Nation. Crimes de guerre. Femmes. Terrorisme. Ressources naturelles. Réparation. Femmes. Reconstruction. Destruction. Génocide. Traumatisme. Viol de guerre. Stratégie. Militaire. Politique. Solitude. Femmes. Hommes. Enfants. Enfants nés du viol. Communauté. Abandon. Violences sexuelles. Honte. Rejet. Mort lente. Résilience. Violences. Révoltes. Mémoire collective. Futures femmes. Mère. Grand-mère. Fille. Sœur. Amie. Vous. Nous. Toutes. Tous. Des mots qui raisonnent, qui bourdonnent, qui accablent. Des mots qui choquent, qui s’assemblent, se ressemblent presque. Comme un amalgame, la guerre et les femmes sont liés comme à tout jamais. « Ils voulaient nous éliminer du monde » raconte une survivante Rohingya. Comme un sentiment de déjà vu parmi toutes les survivantes des violences sexuelles dans les conflits. Comme une volonté de destruction longue et lente, perverse et inaudible. Ces femmes sont part de la mémoire collective, car elles sont le rappel d’une honte nationale et d’un échec. Celui d’avoir considéré le corps de la femme comme un champ de bataille, une zone de non-droit. Celui d’avoir cru posséder le temps d’un instant la chair d’une autre, de ces autres, et finalement de chacune, de nous toutes et tous. Déshumaniser la femme, c’est l’objectif du viol de guerre. La laisser comme une âme errante, croiser le regard de ses voisins, son mari, son fils, son père… sans jamais ne pouvoir raconter. Pourtant, nombreuses sont celles qui voudraient parler, pour ne plus être encastrées dans un statut de victime, et relier corps et âme errante, pour revivre, et non survivre. Une responsabilité de la communauté nationale et internationale ? Oui, celle de ne commencer que réellement à parler du viol de guerre comme on parle de tueries de masse et d’attaques terroristes. Celle d’avoir laissé femmes et filles, dans toutes les guerres, mais surtout depuis les années 90, se taire dans une souffrance physique et psychologique insoutenable. Celle de ne pas avoir apporté les soins nécessaires, l’accompagnement, l’expertise. Celle d’avoir tu ce qui constitue aujourd’hui le crime parfait du XXIème siècle. Celle de les laisser errer dans un statut de victimes, oubliant la résilience et le courage dont elles font preuve. Aujourd’hui dans la guerre, ou hier et demain après les guerres, les femmes sont toujours les premières cibles. Les rapports ne cessent de les citer, énumérant des statistiques et données souvent partielles. Le public, nous, nous émouvons devant tant de répugnance et d’horreur, devant ces blessures visibles. Mais l’instantanéité des émotions ne répond pas aux blessures invisibles de ces survivantes – devant gérer leur trauma, et celui futur d’enfants nés de ces viols, qui comprendront un jour qu’ils doivent leur vie à la guerre. Le viol de guerre vise femmes, hommes et enfants. Mais aujourd’hui, en cette journée avant tout symbolique, ce sont les femmes qui ont vécu la guerre et qui vivent la guerre, qui doivent être dans tous les esprits. Le viol de guerre n’est pas une fatalité. Ses marques sont indélébiles mais il existe des moyens humains pour y répondre : soigner physiquement et psychologiquement, car le choc post traumatique se traite. Accompagner professionnellement et économiquement les survivantes, car il y a une vie avant et une vie après le viol de guerre, et surtout après la guerre. Former les professionnels à un niveau local, aux spécificités de ce crime. Coordonner tous les acteurs (inter)nationaux – qu’ils soient journalistes, survivants, médecins, policier, avocats, juges, activistes. Restaurer et réparer les maux collectifs par la justice. Considérer le viol de guerre et les violences sexuelles dans les conflits comme une arme à part entière et non pas comme un dommage collatéral de guerre. Ne pas confondre mémoire collective et vengeance, oubli et pardon. Éduquer et sensibiliser. Promouvoir le travail de la société civile (inter)nationale. Finalement c’est solutionner ce qui s’apparente à l’inéluctable perpétuation du mal de la guerre, pour que déjà, les survivantes puissent réapprendre à vivre, par leur résilience. C’est permettre à toutes et tous d‘être proactifs, afin de construire un futur qui leur appartient. We are NOT Weapons Of War travaille depuis maintenant presque quatre ans à bâtir ces solutions concrètes, par l’innovation, l’expertise et l’expérience de terrain. Par l’écoute de son réseau local et la coordination. Les solutions sont à la portée de tous et à l’échelle de chacun. Léa-Rose Stoian

  • Présentation du Back Up devant Brigitte Macron et les Grands Duchés du Luxembourg

    La Première Dame et les Grands Duchés sont en effet venus visiter Station F , l’énorme campus de start-up situé à Paris, et où l’on retrouve le programme d’incubateur qui accompagne WWoW, ShareIT.io . Céline Bardet a donc pu présenter les missions que se donnent WWoW, et l’esprit qu’elle veut maintenir dans cette organisation tiré de ses nombreuses années d’expérience sur le terrain . Elle a pu présenter le projet phare de WWoW, le Back Up , accompagné par Nicolas Sanitas de InTech Luxembourg , qui développe ce nouvel outil numérique. Le Back Up est une application numérique qui permettra d’une part de signaler les situations de viol de guerre et de mettre les victimes en contact avec des professionnels compétents (médecins, psychologues, avocats…). D’autre part, le Back Up se veut être un outil de mise en réseau des professionnels entre eux, pour plus de coordination. Le Back Up veut mettre la technologie au service des victimes et de la justice. C’est un outil entièrement sécurisé , qui permettra en outre de récolter des témoignages qui, en les recoupant, pourront faire apparaître des faisceaux d’indices, permettant par la suite de constituer des dossiers judiciaires . Brigitte Macron et le Grand Duc et la Grande Duchesse du Luxembourg se sont montrés très intéressés par ce nouvel outil. Céline Bardet tient à ce que les différentes autorités nationales – et notamment en Europe – prennent conscience du fléau que constituent les violences sexuelles en conflit. Leur soutien est indispensable à la progression des activités comme celles que mènent Céline Bardet et l’équipe de WWoW. C’est aussi pour cela que Céline a choisi d’installer son ONG en France , avec des valeurs et des idéaux qui lui tiennent à cœur. Cet échange fut très positif pour toute l’équipe de WWoW qui était heureuse de voir que les autorités de différents pays s’investissent dans cette cause ! Il y a encore 4 ans, quasiment personne ne parlait du viol de guerre . Aujourd’hui, j ournalistes, documentaristes et pouvoirs publics se saisissent du sujet , c’est déjà une première victoire pour WWoW. Mais il convient désormais de poursuivre l’action et de mener des projets qui toucheront directement les survivant.e.s. Le projet Back Up est quant à lui désormais bien lancé. Une première version de l’application sera testée dans plusieurs pays pilotes au cours de l’année 2018 . Martin Chave

  • Syrie – 7 ans de Révolution, 7 ans de répression

    #Syrie #RévolutionSyrienne #ViolDeGuerre #Prisons #Torture #Justice « Ton tour arrive docteur » C’est par ces mots que tout a commencé, il y a sept ans, en Syrie. Alors que l’actualité fait état des atrocités et de la situation insoutenable que vivent les habitants de la Ghouta – les bombes continuant à tomber et la menace d’une intervention au sol devenant de plus en plus concrète – le pays vient de clore sa septième année de guerre. C’est un bien triste anniversaire sur lequel nous nous proposons de revenir, pour comprendre comment le régime syrien a réprimé le soulèvement dès le début, et comment les violences sexuelles ont été utilisées pour casser la Révolution dès sa naissance. L’étincelle, c’est donc une quinzaine d’enfants qui taguent ce graffiti sur un mur, dans la ville de Deraa, dans l’extrême sud de la Syrie. Les plus âgés avaient 15 ans. Les informations divergent sur la date, certains parlent de fin-février, d’autres du début du mois de mars. Une source à Deraa m’indiquait que les enfants avaient tagué le mur le 15 février et furent arrêtés dans les jours qui suivirent. C’est en tout cas à la fin de l’hiver 2011 que tout commence. Ayant vu les événements en Tunisie puis en Egypte, ils inscrivent ces quelques mots destinés à Bachar al-Assad, le raïs est en effet ophtalmologue de formation. Ils seront arrêtés, torturés, certains auront les ongles arrachés par la Sécurité Politique. Lorsque les parents viendront réclamer leur libération, un homme bien connu à Deraa, Atef Najib, chef de la branche locale de la Sécurité Politique et cousin du Président Assad leur aurait répondu : « Oubliez vos enfants, faites en d’autres. Et si vous n’en êtes pas capables, ramenez-nous vos femmes, on le fera pour vous ». Ce n’était peut-être que des mots, une menace. Mais déjà, l’impudeur et la volonté d’humiliation des forces du régime se laissent apercevoir. Les manifestations à Deraa apparaissent alors, et se multiplient, dans une ville qui ne s’est pourtant jamais rebellée contre le pouvoir comme c’est le cas pour Alep ou Hama. Puis la Révolution se propage. Elle naît dans les périphéries et s’étend dans les villes. Le cas de la Ghouta est d’ailleurs particulièrement révélateur : la contestation est née dans cette banlieue pauvre et délaissée de Damas, avant de gagner certains quartiers centraux de la ville, d’autres restant calmes, souvent les quartiers les plus riches. C’est ici un soulèvement social qui accompagne le soulèvement politique. La Révolution se propage, les manifestations naissent de partout, et la contestation atteint toute la Syrie. A Deraa, les enfants seront finalement relâchés après plusieurs semaines d’emprisonnement et de torture. Ils deviendront des symboles de cette Révolution, tout comme l’ont été plus tard Thamar Alsharee et Hamza Al-khateeb, deux jeunes de 15 et 13 ans, enlevés, torturés et assassinés par le régime. L’image de leur corps meurtrit est diffusée partout et témoigne de la violence utilisée par le régime. Il convient ici de rappeler que si l’étincelle de la Révolution fut l’événement de Deraa, celle-ci présente des causes plus profondes. Deraa était l’élément déclencheur. Mais on oublie peut-être parfois de rappeler que le peuple syrien s’est soulevé contre un régime despotique et autoritaire : le parti unique Ba’th contrôlait tout et empêchait, de fait, tout pluralisme de la vie politique. La Constitution donnait d’ailleurs une place centrale à son parti et à son chef, et ce « à vie ». Les médias indépendants n’existaient pas, et les quelques médias privés appartenaient en fait aux proches du clan Assad. La propagande était telle que lors d’un entretien avec un réfugié qui habitait auparavant Alep, celui-ci m’expliquait que plus jeune, il pensait que Dieu et Hafez al-Assad était une même personne. La police politique était partout, et ses possibilités d’arrestation et de méthodes d’interrogatoire étaient très élargies. D’autre part, la Syrie connaissait en 2011 de grandes difficultés économiques, et ce depuis plusieurs années. La corruption y était forte, et le chômage frappait durement les jeunes. Ceux-ci étaient nombreux puisque 57% de la population totale avait moins de 25 ans – caractéristique que l’on retrouve dans tous les pays où l’on a pu voir des soulèvements en 2011. Une population jeune, sans travail, privée de sa liberté d’expression, privée de moyen d’expression politique au sein d’un régime corrompu ; c’est là tout le cœur de la révolte qui a débuté en 2011. Dès lors, la répression débute elle aussi. L’armée se présente face aux manifestations et ouvre rapidement le feu. Ces dernières étaient pourtant pacifiques, les slogans et les drapeaux étaient les seules armes des manifestants. Un ami syrien d’Alep que j’ai rencontré en Turquie m’expliquait d’ailleurs que l’une des stratégies du régime fut d’insérer lui-même certains individus armés au sein des manifestations pour pointer du doigt une révolte armée, et légitimer ainsi sa répression. Très vite, la répression va aussi passer par la prison et les tortures qu’on y inflige et par les enlèvements. C’est ce qu’explique très bien le documentaire Disparu, la guerre invisible de Syrie , diffusé sur Arte*. Des personnes sont enlevées en pleine rue, en quelques secondes jetées dans une voiture ou à l’arrière d’une camionnette. C’est ici tout le travail des Mukhabarat , la police politique du régime. Celle-ci a longtemps été dirigée par Assef Chaoukat, un beau-frère de Bachar al-Assad. Il existe plusieurs services de police politique en Syrie, plusieurs services de sécurité, structurés selon une organisation bien précise. La plupart des chefs des branches locales pourraient être accusés d’avoir ordonné et/ou commis des crimes contre l’humanité. La police politique est de plus suppléée par les Chabiha . Là encore, ils auraient été fondés dans les années 1980 par Namir al-Assad, cousin de l’ex-président Hafez al-Assad. Les Chabiha sont des groupes de mercenaires auxquels le régime sous-traite certains services. Ils sont majoritairement composés d’alaouites, la communauté à laquelle appartient le clan Assad ; bien qu’on y trouve quelques sunnites également. Par conséquent, certains massacres impliquant les Chabihas pourraient être qualifiés de crimes génocidaires puisque ces mercenaires alaouites ont parfois assassinés de façon spécifique des populations sunnites. Ces mercenaires travaillent en outre de pair avec les Mukhabarat . Eux aussi enlèvent et torturent. Au début de la répression, le régime leur demande aussi de se poster sur de nombreux checkpoints où de nombreux cas de viols ont été recensés, comme l’indique un rapport de la FIDH . Après les enlèvements, c’est l’enfermement et la torture qui attendent les opposants arrêtés. Une fois encore, tout cela est très organisé. La police politique dispose tout d’abord de ses propres locaux d’interrogatoire avant d’amener les opposants en prison. De même, un ami réfugié en France, habitant de Deraa, m’expliquait qu’autour des prisons, d’autres bâtiments publics ont été réquisitionnés pour augmenter la taille des lieux d’isolements, des écoles, des mairies… Les conditions y sont insoutenables, la torture y est courante, comme le souligne un rapport d’Amnesty International sur la tristement célèbre prison de Saidnaya. Les clichés du « dossier César » corroborent ces éléments. En prison, on meurt surtout du manque de nourriture et du manque de soin m’expliquait mon ami en France. Infestés de puces, les prisonniers se grattent et les plaies infectées non-soignées peuvent entraîner la mort. C’est dans ces conditions que le viol est également utilisé. Ici, c’est une arme de terreur pour forcer les prisonniers à parler, et une arme de répression, pour casser celui ou celle qui a osé se rebeller. Le viol concerne les femmes et les hommes. Les données manquent à ce sujet. On peut ici citer les chiffres de l’initiative Women Under Siege du Woman Media Center qui a cherché à répertorier les cas de violences sexuelles en Syrie entre mars 2011 et mai 2011 – pas seulement dans les prisons cependant : parmi les cas que ce rapport recense, 80% sont des femmes âgées de 7 à 46 ans, 20% des hommes âgés de 11 à 56 ans. Le viol peut se produire aux checkpoints, dans les locaux de la police politique, ou en prison. Il concerne aussi des enfants, certains adolescents ayant été arrêtés dans des manifestations, d’autres plus jeunes, étant utilisés comme monnaie d’échange. Un rapport de Zero Impunity donne la parole à un ex-brigadier à la prison civile d’Alep qui estimait que 1000 mineurs étaient encore dans la prison. Cette arme de répression a été utilisée dès les débuts de la Révolution. Elle a été pensée et organisée. Certaines prisons étaient équipées de locaux spéciaux, proches des bureaux de brigadiers et d’officiers, comme en témoignent les femmes du film Syrie, Le cri étouffé*. Le régime a su que cette arme permettait d’humilier, de casser l’individu. De façon répétée et élargie, c’est une arme qui permet de terroriser et de casser l’élan de la révolte. Par ailleurs, c’est un sujet tabou et dans une société où la religion et la culture musulmane tiennent une place importante, il existe un rapport très pudique au corps et de surcroît au sexe. Dans le Coran, il est dit que les relations sexuelles sont une pratique humaine naturelle et saine, mais qu’elles ne sont reconnues que dans le cadre du mariage. Les relations sexuelles hors mariage, la zinâ , sont condamnées dans le Coran. C’est donc une double-peine pour celles et ceux qui ont subi un viol et qui doivent vivre avec et parfois se justifier et expliquer leur non-consentement. Certaines femmes tombent par ailleurs enceintes d’enfants issus du viol. Le rapport de la FIDH recense en outre certains cas de mariage forcé pour de jeunes femmes violées, pour « régler l’affaire ». Le viol a aussi été utilisé comme arme de chantage, comme me l’expliquait une source actuellement à Deraa. Certaines personnes ont été enlevées par le régime qui menaçait de les violer pour faire parler les membres de sa famille. Ainsi, dès la naissance de la Révolution syrienne, le régime a mis en place cette stratégie du viol pour tuer la contestation dans l’œuf. La pratique a été moins observée par la suite, lorsque la crise s’est transformée en guerre civile régionalisée puis internationalisée. Néanmoins, elle réapparaît lorsque le régime regagne du terrain, notamment dans la reprise d’Alep. Les forces du régime cherchent à humilier la rébellion, mais aussi à punir et à se venger des quartiers qui se sont soulevés. L’idée est aussi de terroriser les autres villes pour les pousser à se rendre. Enfin, il convient de souligner un point important : si cet article mets au ban de l’Humanité le régime de Bachar al-Assad pour son utilisation systématique du viol, il ne faudrait pas pour autant rester aveugle face aux agissements des autres parties du conflit. Le viol a été utilisé par d’autres groupes, même si la majorité de cas recensés semblent indiquer les agissements du régime. L’Etat Islamique et l’esclavage sexuelle des femmes yézidies doivent tout autant nous indigner, et c’est un élément qui a été assez médiatisé. Il convient de rappeler ici qu’outre les Yézidis, d’autres communautés ont souffert aux mains de l’EI, les Chrétiens, les Chiites, mais aussi de nombreuses populations sunnites. Enfin, d’autres groupes rebelles se sont livrés à cette pratique, notamment des groupes issus de ce qu’on a appelé « l’Armée Syrienne Libre ». Le rapport de la FIDH recense plusieurs cas de viols perpétrés par des soldats de l’ASL. Ces violences sexuelles ont là aussi été accompagnées d’enlèvement, de torture, et parfois d’assassinat. En temps de guerre, la violence est partout et n’est pas l’apanage d’un groupe particulier. Il convient donc de reconnaître toutes les victimes, et de poursuivre tous les coupables, quels que soient les groupes auxquels ils appartiennent. C’est un bien triste anniversaire oui. Depuis sept ans, la Révolution baigne dans le sang de la répression. Alors que faire ? Si la communauté internationale est bloquée, pouvons-nous vraiment espérer quelque chose ? Et bien oui. Si la communauté internationale ne bouge pas, il faut alors « court-circuiter » le système. L’action et l’intervention n’appartiennent pas à la communauté internationale. Si celle-ci est bloquée, il faut utiliser nos propres voies pour agir : en s’appuyant sur des ONG locales, en travaillant avec un réseau sur place, en multipliant les partenariats entre ONG. La réponse à apporter doit être multisectorielle . C’est au cœur de l’engagement de WWoW. Le viol de guerre touche des domaines tout à fait différents, et il convient de travailler sur chacun d’entre eux. C’est ce que nous répétons depuis plusieurs années pour que la réponse se fasse sur le plan médical, psychologique, mais aussi sur le plan juridique et social. WWoW insiste également beaucoup sur le besoin de formation : il est indispensable de former des professionnels pour recueillir les témoignages des survivant.e.s, ce qui doit se faire selon une méthode spécifique et adaptée à leur traumatisme. WWoW est en train d’organiser des formations pour le cas libyen, et l’on peut tout à fait envisager que celles-ci soient répétées dans d’autres pays. Enfin, le viol de guerre est un crime très difficile à prouver. Il faut donc regrouper des témoignages, les croiser, pour faire ressortir des faisceaux de preuves. C’est là l’une des ambitions de l’outil BackUp que nous développons, et qui permettra de collecter de façon efficace et sécurisée des témoignages et des données, pour pouvoir ensuite constituer des dossiers juridiques. * Nivelle-Cardinale Sophie, Huver Etienne, Disparus, la guerre invisible de Syrie, Arte France , 2015. * Loizeau Manon, Syrie, le Cri étouffé, France 2 , 2017. Martin CHAVE Photo © DR Traduction : « Le peuple veut la chute du régime ». Attention, il ne s’agit pas du graffiti inscrit par les enfants de Deraa, mais d’un autre graffiti qui a suivi au cours du soulèvement.

  • Un djihadiste remis à la CPI pour crime de guerre

    Le samedi 31 mars 2018, le Mali a remis à la Cour Pénale Internationale le djihadiste M. Al Hassan Ag Abdoul Aziz Ag Mohamed Ag Mahmoud « Al Hassan », suite au mandat d’arrêt délivré par la Cour quelques jours plus tôt. Il est accusé d’avoir commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité entre avril 2012 et janvier 2013. Il s’agirait notamment de faits de torture, viol et persécution, lorsque la ville de Tombouctou était sous le contrôle de groupes terroristes tels qu’Al Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) et Ansar Eddine. Al Hassan, alors qu’il était commissaire de la police islamique et qu’une quarantaine d’hommes étaient sous sa supervision, aurait procédé à la destruction de monuments religieux ainsi qu’à l’arrestation de nombreuses femmes. Celles-ci auraient été battues, emprisonnées et violées, au motif qu’elles ne respectaient pas les principes dictés par la charia telle que voulaient l’imposer ces groupes. Cette arrestation a été permise grâce au travail de longue haleine fait par la CPI ainsi qu’au procès d’Ahmed Al-Mahdi, un djihadiste présent au Nord du Mali affilié au groupe Ansar Eddine, condamné à 9 ans de prison pour crime de guerre. Ce dernier a fourni des informations essentielles à la Cour permettant de lancer un mandat d’arrêt contre Al-Hassan. « L’arrestation de M. Al Hassan et son transfèrement à la CPI envoient un message fort à tous ceux qui, où qu’ils se trouvent, commettent des crimes qui heurtent la conscience humaine » , a déclaré Fatou Bensouda, procureure générale de la CPI. « J’espère qu’il signifie au Mali notre détermination et notre résolution à agir comme il se doit et à faire tout ce que nous pouvons pour répondre aux souffrances indicibles infligées à la population malienne » . A ce jour, l’utilisation du viol comme arme de guerre n’a que très peu de fois était reconnue par la CPI. Néanmoins la condamnation de Jean-Pierre Bemba en 2016, pour son rôle de dirigeant ayant ordonné l’utilisation du viol à l’encontre de la population centrafricaine entre 2002 et 2003, pourrait servir de précédent judiciaire pour l’affaire Al Hassan. Moradeke Badirou

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